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04 avril 2009

On peut toujours rêver

J’aimerais qu’il ait un ami qui lui dise :
- écoute, vois les choses en face. Ce n’est pas parce que moi aussi je traîne mes casseroles conjugales et que je suis ainsi sensé dormir sous le même toit que toi, regarde, écoute, entends, elle, ce n’est pas pareil, elle, elle se rappelle, elle se souvient, elle fait des assemblages dans sa tête et dans ses gestes qui ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux que nous, hommes, amoureux, haineux, meurtriers, croyons voir dans toutes les femmes. Tout ce que nous imaginons de commun chez elles, pour nous assurer que la vie est ainsi faite et que rien, entends-tu, rien, rien, ni hier ni aujourd’hui et peut-être ni demain, rien, ne viendra modifier nos images d’elles, pour avoir moins mal, pour être plus assurés, pour, je ne sais plus, mais sûrement pour avoir moins mal.

Regarde-là, elle, elle te dit autre chose, autrement, elle le dit à toi, toi qu’elle croit autre, qu’elle sait autre, regarde, je suis ton ami, je devrais te taper du coude et te dire que c’est du pareil au même les gonzesses, mais je ne serais pas ton ami si je te disais ce que tu attends, ce que tu attends pour avoir moins mal, or je suis ton ami, or je m’accroche encore à cette idée qui m’humanise encore un peu dans le marasme de cette existence où la plupart du temps je ne suis pas tout à fait moi, je suis ton ami, et alors je me dis que si c’est vrai, si je peux te taper du coude, si je peux échanger ce regard qui est sensé dire bien plus qu’aucun mot ne pourrait le dire, dire cette connivence qu’on essaie de construire, pour avoir moins mal, mon ami, pour avoir moins mal, retiens-là. Tu ne l’as pas comprise, tu ne la connais pas, tu l’as mariée  mais tu ne sais rien. Moi qui suis dehors et qui suis tenté, c’est vrai, je ne le nie pas, de voir l’herbe toujours plus verte ailleurs, je te le dis, elle n’est pas plus verte, elle est. Elle est à toi, pour toi, et toi, pardonne-moi mon ami, ce n’est pas trahir, et puis comment te convaincre de ce que je vois, lorsque tu es persuadé de voir mieux que moi ma vie, la tienne, celles des autres, comment faire, comment dire que tu te trompes, comment te dire que tu dois faire un pas, pas en arrière, de côté, de côté mon ami, et tu verras. Moi, si j’en avais une comme ça, peut-être que je la laisserai partir, parce que c’est moi qui l’aurait alors choisie, et que rien que pour ça, j’aurais toutes les raisons du monde de la renier, de l’oublier, de la nier, de la haïr, comme j’ai haï depuis ce premier souffle, mais ce n’est pas moi, c’est toi. C’est toi. Et c’est elle.

Voilà, ce que j’aimerais qu’il lui dise.

Posté par Huguette à 02:33 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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