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08 septembre 2009

Jésus revient

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Qu’avons-nous fait depuis le mois de mai ? Je ne me souviens pas si Jo, Patou et moi, nous sommes employés à autre chose qu’à la déconnexion mentale, que nous avons cependant pratiquée avec une rigueur, un sérieux et une détermination qu’on ne retrouve plus guère que chez le terroriste aéroportuaire.

Ah si, nous avons travaillé.

Patou, notre biologiste en chimie moléculaire du cerveau, a été nommé chef de labo. Ce qui ne l’empêche pas de nous tenir toujours régulièrement informés de l’avancement régulier et tranquille, et pour ainsi dire tranquillement régulier, de notre décrépitude, et de s’y associer pleinement sans qu’il soit besoin de le menacer.

« Vous avez du blanc sur le nez » lui aurait dit son supérieur lors de sa nomination.

« Comme le mécanicien a du cambouis sur les doigts » a-t-il rétorqué, en palpant du bout des siens la paille en plexi au fond de sa poche.

« Putain, ça va nous faire un truc à fêter » dis-je, tel le rapace intelligent, à l’annonce de la nouvelle.

« Y a rien à fêter, on se met le compte de comme d’habitude » : paroles de Patou le Modeste.

Sur ce, Jo a acquiescé et nous a immédiatement intimé, en tant qu’avocat, d’appeler le dealer.

Y a des consignes qui n’ont pas besoin d’être répétées deux fois.

Depuis le chapelet de victoires au Tribunal que Jo a égrenné dans l’été, on l’écoute encore mieux. Il faut dire que côté défonce, on s’épaule bien : pas un pour rattraper l’autre. Nos vies se conjuguent dans la quintessence d’un indicatif présent, mais aussi et surtout dans la pudeur d’une profonde et farouche amitié (instant kleenex).

Jo avait été mandaté depuis l’année dernière par d’importantes structures, dont une à l’international, qui avaient d’importants intérêts à défendre en contrepartie d’importants honoraires. Il a eu conscience de n’être pas toujours du bon côté de la force, mais il a cependant gagné procès après procès. A la fin, je ne savais plus si on se défonçait pour fêter ses victoires ou pour oublier le désarroi de son addiction au succès.

Donc, double dose.

J’ai pour ma part fait le ping pong entre deux boulots de merde : encore un truc à oublier. Mais j’ai repris mes études et obtenu mes diplômes : encore un truc à fêter.

Triple dose.

On en était là, hier soir avec les deux zigues et notre quintuple dose, in fine. On en était à déblaterer sur la question du rapport au temps, cette perfusion définitive qui ne te laisse pas une seconde de répit, lorsque Patou s’est lancé dans un soudain cours de soutien :

« Que diriez-vous, bande de petits malins, si je vous disais que les amphétamines exercent leur activité directement sur les neurones adrénergiques et dopaminergiques et que certaines d'entre elles développent une action préférentielle et presque spécifique sur les neurones sérotoninergiques, hein, hein ? alors ? héhéhéhéhéhé » (air insupportablement satisfait d’un Patou visiblement en délire).

Jo et moi : sérieusement défoncés, mais absolument consternés.

Je craignais que sous l’effet désinhibant du cocktail chimique que nous avions préalablement ingurgité, Patou n’endosse le rôle du paon scientifique au risque de nous péter royalement les couilles (et dépossédant au passage Jo, à qui ce rôle revient de droit en vertu de son égo de cathédrale).

Je m’apprêtais donc à lui balancer mes deux ou trois couplets éculés sur la philologie, histoire de lui égaliser la roue, mais plus prompt que moi, il poursuivit sur sa lancée :

« Et encore, et encore, mes chers amis, héhéhé, comment réagirez-vous lorsque je vous parlerai de la métamphétamine ? », dit-il, satisfait de lui, en extrayant un sachet de sa poche en jean.

On s’est couché plutôt tard.

Posté par Huguette à 20:22 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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