16 septembre 2009
Cow-boy style
Jo appartient à cette écrasante
majorité des mortels qui n’ont pratiquement jamais tort. Ou bien, lorsqu’ils ne
peuvent plus faire autrement que de reconnaître l’erreur, vous concèdent
l’argument de la même façon que s’ils vous faisaient l’aumône de leur transcendantale
modestie.
C’est ainsi qu’il a, du bout des
lèvres, envisagé, je dis bien envisagé, que son plan « mariage »
n’était peut-être pas aussi inoubliable que ce qu’il laissait supposer. Le
problème, c’est qu’il ne l’a véritablement considéré qu’a posteriori et
qu’entre temps, Patou et moi, avons eu largement le temps de nous faire
mettre.
Vendredi dernier, Jo nous informe qu’il avait oublié de
nous « préciser » qu’il s’était engagé, en nos trois noms et pour le
lendemain, à participer au mariage de X. Passons sur l’impropriété choquante du
terme « préciser » qui aurait signifié qu’il cherchait à rendre plus
clair un préalable. Or, de préalable, il n’y en eût point.
Restons calme et posé, me dis-je,
il a cherché à bien faire, tout va bien du moment qu’il ne s’agit pas de X le
croqueur de graines.
« Attends, attends… X ?
X ? le croqueur de graines ? » demande Patou, devançant mon
doute d’une nanoseconde.
Je vois Jo bomber légèrement le torse et là, je sais que
c’est mal engagé. Je connais sa propension à manifester un aplomb extrême en
plein merdage.
Restons calme et posé, me
redis-je, et mesurons la profondeur dudit merdage. Ce n’est peut-être pas si
abyssal.
Jo nous confirme bien qu’il
s’agit du X en question, et en l’occurrence en réponse.
« Croqueur de graines »
est l’expression qui nous fait désigner un individu en voie d’extrême expansion
qui place au-dessus de tout : l’écologie, le jus d’orange, la vie rurale,
le bio, l’huile de friture, les huiles essentielles, le végétarisme, le rapport
corps/esprit, l’interdépendance de toute chose en ce bas monde, les conditions
de vie extrêmes comme signe indubitable de la supériorité de l’homo ruralus sur l’homo citadus. Il sussure les mots « ethnie » et
« éthique » comme s’il suçait un bonbon Ricola. Je vous dis ça, je
sais bien que je vais me faire tomber dessus comme la misère sur le monde,
surtout en ces temps d’écologiquement correct, mais enfin qui n’a pas bu un
Saint-Joseph 2005, domaine Mucyn sur un pot-au-feu ne connaît pas Dieu. Qui n’a
pas tartiné un os à moëlle en se faisant lisser les cordes vocales par un
Graves est dépourvu de mystique et ne peut prétendre approcher le rapport corps
/ esprit ou l’interdépendance du con de Manon.
Ce que je veux dire, c’est que
quand on a la sensualité d’une clé de 12, on pense d’abord à savoir comment on
va pouvoir se poiler autrement qu’en se coupant un bras.
Jo dit : « c’est en
haute montagne. En Haute-Savoie ».
A l’orée d’un possible repas de
fête au plancton, nous côtoyons tangiblement la fosse des Mariannes.
Le pragmatisme de Patou reprend
le dessus : « Appelle le dealer, pas çui-là, l’autre, on va devoir
partir bien plus chargés que d’habitude ».








