02 octobre 2009
Un peu plus loin
J’émerge à peine des brumes d’hier et mes souvenirs sont encore assez flous, mais en
me levant j’ai buté sur quelques repères : des bâtons d’encens émiettés et
rassemblés en une longue ligne, un arrosoir plein au milieu du salon, un livre
dans le micro-ondes et quelques notes éparpillées. L’une d’elle dit : se
saisir, tout dire au dermato, noter les notes, revoir encyclopédie de l’échec
total, rien dire au psy, lettres de démotivation, Thaïlande, manutention pour
les abonnés à la guigne.
J’ai également retrouvé une
bouteille d’éther, vide. Et merde.
Il faut bien que quelqu’un
raconte tout ça, puisqu’il n’en restera rien au final, pas même un souvenir.
Nous tenons certaines de nos
habitudes de midi en un antre goûtu dans le quartier de Notre Dame du Mont. Il
a depuis, été racheté par une grande enseigne qui prend tout le monde pour un
américain au moment de l’addition, mais dont la table reste toujours
excellente.
C’est là que nous devisions
gaiement, hier midi, en détaillant le petit arsenal que nous avions prévu de
nous lever pour le week-end, histoire de raccourcir le temps qui passe : à
l’ouest rien de nouveau.
Nous écartelions des écrevisses
rouges du désir de se faire décortiquer, en sifflant un
petit-blanc-du-jour-tout-ce-qu’il-y-a-de-plus-correct. Dans notre propension
légendaire à rouler à tombeau ouvert quand la vitesse est limitée à 50, nous
avions clôturé le déjeuner sur 24 quarts de blanc, soit deux litres chacun,
soit une hausse de 19,8 % par rapport à la veille. Innocents de nous-mêmes,
nous l’étions au début du repas. Nous pensions encore, après pourtant tant
d’années d’entraînement intensif à gambader autour du même pâté de maisons, que
nous nous enfilerions sobrement notre unique quart réglementaire avant de retourner
s’astiquer le manche à pognon jusqu’à la fermeture des bureaux (respirez).
A vrai dire, je ne le vois que
maintenant, tout était normal. A un détail près : c’est que nous goûtions
un hachis de tomates qui avait un goût de tomate. Autant dire qu’à la fin du repas,
nous avions le cortex raisonnablement encotonné, d’autant que nous pataugions
sur une terrasse en plein cagnard. On se serait pas cru un 1er octobre,
non, c’était plutôt un printemps qui démarrait bien. Et c’est peut-être dans le
poing de Patou que je foutrais le point de départ de l’histoire.
Pris d’une fausse soudaine
lucidité, un peu comme s’il décidait de quelque chose qui était déjà décidé, il
abattit son poing sur la table et fit trembler la vaisselle. On avait fait plus
discret dans la prise de décision.
« Bon ben moi les gars,
j’vais débourrer », annonça-t-il. Etant entendu qu’on ne peut débourrer
par la force du saint-esprit ou alors seulement s’il est lyophilisé, nous
comprenions que notre café était avancé et que cet arabica-là allait nous
remettre sur pattes jusqu’à l’apéro du soir. Nous commencions donc la fameuse
valse des chiottes, un coup toi, un coup moi, ah la la c’est fou ça vous prend
comme une envie de pisser.
Une heure et demi et deux grammes
plus tard, nous en étions au même point, quoique plus excités et accessoirement
plus en retard.
Jo n’avait prévu, selon ses
dires, que du travail sur dossier, Patou du travail sur le dos des autres, et
moi j’avais prévu de ne rien prévoir.
Patou, chaussé de ses Ray-ban,
souriait au soleil et hochait la tête comme s’il saisissait ce que l’astre
disait. Jo tirait la tronche as usual. Il avait passé l’un de ses bras derrière
le dossier de sa chaise dans une position de détente virile. Je voyais la
fourrure de sa robe d’avocat qui s’échappait des côtés latéraux de sa serviette
en cuir, et d’ici, je la devinais roulée en boule. Je l’avais déjà vu plaidé
avec sa tenue de peluche élimée, froissée comme une boule de papier. J’avais, à
cette occasion, observé la partie
adverse se fendre la poire en le voyant arriver, comme si c’était du tout cuit.
Le hic, c’est que lorsqu’il ouvrait la bouche, t’avais l’impression que c’était
ton père qui te tançait (cf. « la guerre des étoiles ») et tu sentais
le sale quart d’heure se pointer. Sale quart d’heure étant un doux euphémisme car
très rapidement, face à ses mots poignards, plus dégun n’en menait large, sa
ridicule pelure était oubliée et l’adversaire se sentait soudain à l’étroit, et
pour ainsi dire à court, dans sa panoplie Armani.
Mais je m’égare.
Bref, nous voilà t-y pas, non
seulement repus mais rendus gentiment euphoriques par le mélange alcoolococo.
Nous nous retrouvons un peu par
hasard à errer dans les Galeries Lamouyettes, rue saint-fé. Je me dégote au 2ème
Mécaniquement, Patou attrape une
pochette de bâtonnets d’encens et déclare brutalement qu’on a des trucs à
faire.
A la caisse, il y a une queue
monstre. Jo mate le prix de l’encens et décrète que 5 euros c’est le prix d’une
seconde de son salaire et qu’il nous conseille en tant qu’avocat, de sortir
sans payer. Les deux mecs me devancent, en route pour la sortie. On pensait
même pas à voler un machin à 5 euros, on n’en avait rien à foutre, simplement
on avait notre overdose de foule, de cliquettis de caisses enregistreuses, de
mannequins cireux qui étaient bien mieux foutus que moi et il était grand temps
de se barrer. Il ne nous serait pourtant pas venu à l’esprit de laisser le
paquet.
Les mecs sortent du magaz’ et je
les suis de pas loin. Sauf que c’est moi qui tiens l’encens et qu’au moment de
franchir la frontière aseptisée, ça sonne juste assez pour que j’aie
l’impression d’avoir toute la police de Nouillorque sur le paletot. Je stoppe
net. Les vigiles arrivent avec l’air satisfait d’avoir chopé Mesrine. J’invente
dare-dare une histoire à dormir debout qui tient droit, du genre je suis
rentrée avec cette pochette d’encens achetée il y a 2 jours, pourquoi ça sonne
pas quand je rentre et pourquoi ça hurle quand je sors. Tout cela prononcé avec
la douceur et la délicatesse de quelqu’un qui t’annonce que t’as le cancer. Les
vigiles hésitent, ils me croient, mais sont obligés d’aller vérifier par
rapport aux stocks (dixit). Ai-je le temps ? Je veux juste mettre fin à
l’épisode, les pieds nickelés m’attendent dehors, d’ailleurs où sont-ils.
« Non, messieurs, je n’ai
pas le temps, je dois aller travailler. Je ne vais pas m’acharner pour 5 euros,
mais laissez moi vos noms et mon ami viendra récupérer lui-même ce
paquet ». Les inspectocs me laissent leurs noms, celui de leur
responsable. Je note. Puis, drapée dans la normalité de l’employé de banque
moyen, je sors en lisant ma note moyenne en faisant mine de passer un coup de
fil moyen. J’ai pas fait deux pas hors du magasin que l’alarme retentit : le
vigile me rattrape avec l’encens, qu’il me tend: « madame, madame
(enfoiré, va), c’est bon, il n’y a aucun problème » dit-il en déscotchant
l’antivol devant moi et en me remettant le paquet susdécrit.
Je raconte l’anecdote à la moitié
des daltons et nous rions encore et toujours, à l’infini, du pouvoir de
l’apparence.
Il n’en faut pas plus à Patou
pour se sentir en veine : « passons chez moi, j’ai quelque chose à
vous montrer ».
Il était au bas mot aux environs
de 18 heures quand nous sommes arrivés à l’appart de Patou. Ça faisait une
éternité que j’avais pas pointé mes miches ici, vu qu’on se ramassait toujours
chez moi : y a plus d’espace, on s’estampille moins la gueule. Jo regarde
Patou en lui montrant l’heure à son poignet. Message subliminal indiquant qu’il
est, pour l’ensemble des protagonistes, l’heure de l’apéro.
Patou érige alors au milieu du
salon un index solitaire et affirmé, celui qui dit : attention
mesdames et messieurs dans un instant, on va commencer, installez-vous dans
votre fauteuil bien gentiment (michel fugain).
- Mes chers amis, nous nous connaissons depuis
suffisamment longtemps. Nous avons, ensemble, exploré des contrées dont peu
reviennent indemnes.
Putain, Patou nous la rejoue lyrique.
Pour sûr, on n’a pas encore vu l’ombre d’un apéricube.
- J’ai soif, lance le gosier de Jo.
- Je vais étancher votre soif d’aujourd’hui et au moins
jusqu’à demain matin.
- Je suis ton avocat et si tu as des informations sur le
type de liquide qui va me mettre au sec, je te conseille de te livrer dès
maintenant, quatre, trois, deux, un, partez.
Sans se démonter, Patou annonce,
presque hilare :
- saviez-vous qu’il existe un radical monovalent composé
d’hydrogène et de carbone ? hein ? non mais je vous la pose la
question, le saviez-vous ?
Ça y est, on y est. Patou va nous
sortir les trésors du labo des Caraïbes. J’en prends pour trois jours dans les
dents, et je ne vais pas pouvoir dire non. Sainte-Merde, exorcisez-moi !
Indémontable, l’autre
continue :
- ce radical s’appelle un amyle. C’est beau non ?
c’est comme un ami… Mais surtout le nitrite d'isoamyle (dont la formule brute
isomérique doit être, sauf erreur, C5H11NO2) est un alcaloïde, utilisé comme
médicament et comme drogue, genre poppers… non mais attendez voir, attendez…je
sais de source sûre que si on se gave suffisamment d’amyles, on peut rester
réveillés après l’éther, bon ça n’empêche pas les spasmes et les coulées de
bave, mais au moins on peut TENIR !
Pourquoi là où n’importe qui
de sensé se lèverait en refusant d'en entendre plus, nous étions, Jo
et moi, entrain d’examiner sérieusement la situation ? Pourquoi ?
L’éther est une chose vraiment
inquiétante. Rien de plus irresponsable, de plus désemparé, de plus dépravé que
quelqu’un qui est dans l’éther jusqu’aux mirettes. On avait goûté à tout le
reste, et ma foi, l’heure était venue de se renifler peut-être un bon coup
d’éther.
22 septembre 2009
Suite et faim
Suite d’avant : donc, la
pluie s’est mise à tomber. Pas la petite bruine qui vous mouille le maillot de
corps et vous donne cet air insoutenablement sexy (le même que j’arborais en un
certain after cannois de 91 et qui avait tant séduit Gilbert Montagné). Non, la
bonne chavane des familles qui vous trempe jusqu’à l’os et vous donne l’air
indubitablement looser.
Donc, pluie, route, vent, froid.
Attends, je dois faire le retour arrière sur l’épisode
route : 6 heures d’asphalte dont 1 h 30 de lacets montagnards suicidaires,
avec juste la place pour les quatre roues de la mécanique. Le genre de route où
te reviennent naturellement le « Notre Père » et le « Je vous
salue Marie » récités sans faute avec la foi d’un authentique converti.
Alors qu’en vertu de certaines règles indépendantes de notre volonté à nous
défoncer la gueule, on n’aurait dû se souvenir de rien après l’ingestion de
« Bart Simpson double face » (buvards délicatement imbibés rectal /
verso de substances LSDésiennes).
C’est Patou qui nous a finalement convaincus (en 43
secondes chrono) de sucer les bubus sur la foi d’une théorie qui affirmait que
« plus c’est chargé en LSD moins la route est longue ». A présent je
peux l’affirmer : c’est absolument faux.
Puis, il a seriné Jo pendant les trois premières heures en
comparant la souplesse de sa conduite à la tendreté d’une entrecôte
d’autoroute. Immanquablement, l’autre (qui a pourtant du goût) a fini par avoir
envie de s’en taper une. J’ai vigoureusement protesté contre tout arrêt en
usant ostensiblement d’un vocabulaire ornithologique quelque peu tombé en
désuétude chez les jeunes filles de bonne famille (va manger tes morts en sauce
enculé).
Mais, je vous le demande en votre putain d’âme et
conscience, que faire contre quelqu’un qui :
1. tient
le volant
2. sort
de l’autoroute pour se garer entre deux 38 tonnes
3. en affirmant que Joe Dassin est le Jim Morrisson français ?
A partir de là, il faut vous imaginer, si vous le pouvez,
mais le pouvez-vous, ce que fût l’entrée impériale de ce commando triumviral (nous),
raisonnablement irradié d’alcaloïdes, dans ce gastro (entérite) routier. Pour
vous aider, trois versions :
1. la
mienne : « trois steack-frites déboulent au milieu d’un parterre de
déchiqueteurs de steacks hâchés (T-Rex) et de brouteurs de frites molles
(brontosaures) » ;
2. celle
de Patou : « il est très étrange qu’ils nous aient
trouvés » ;
3. celle de Jo : « une éclipse de soleil interrompt un combat entre les Mèdes du roi Cyaxare et les Lydiens du roi Alyatte ».
En vertu d’une règle indéboulonnable qui veut que pour 50
cl de bière avalés, tu pisses 4 litres et demi, je bifurquai vers une
grenadine. Pendant que Patou, n’écoutant que son courage, décidait d’encercler
stratégiquement son cortex en l’attaquant à la vodka sèche. Jo, quant à lui,
commandait la prévisible entrecôte et optait (après 1/4 d’heure de palabres
avec un serveur à bout, auquel il détaillait par le menu ses problèmes de
transit inhérents à la pomme de terre) pour le gratin dauphinois à la place
des frites.
Il faudrait encore vous raconter l’issue de ce piège
autoroutier (Jo refusant de payer l’addition pour des raisons qui m’échappent
toujours), la route qui n’en finissait plus de se dérouler en soleil,
pluie, soleil, nuages, pluie, éclaircie, pluie, pluie, pluie.
Pluie, pluie, plui, plui, plui, plui, plui, plui,
pluiiiiiiiii (air de samba).
Il faudrait vous raconter aussi le chemin final, tortueux comme un alcool maison de Pétaouchnoque filant sec sur un parcours de Tour de France, en vélo, sans les jambes, sans la tête.
Et puis le tipi, le monde de Les Zôtres, la faim qui nous
taraudait après les heures d’hallus routières, à TENIR ! pourtant. Je nous
revoie autour du buffet comme des vautours concentriques.
Ce n’est que
rassasiés que nous nous sommes extasiés sur l’horizon sans fin, hérissé de pics
immenses qui, comme certaines révélations, ou plus simplement les amis,
enseignent ce que l’on doit savoir pour affronter ces cols infranchissables qui
mènent à la Liberté, la Conscience, la Mort. Ce regard impressionne et rend
humble. Il y a aussi cette ligne de crêtes qui est un appel sans fin à prendre
la route sous les flamboyants auspices d'un ciel étoilé et infini.
Ressers-moi.
16 septembre 2009
Cow-boy style
Jo appartient à cette écrasante
majorité des mortels qui n’ont pratiquement jamais tort. Ou bien, lorsqu’ils ne
peuvent plus faire autrement que de reconnaître l’erreur, vous concèdent
l’argument de la même façon que s’ils vous faisaient l’aumône de leur transcendantale
modestie.
C’est ainsi qu’il a, du bout des
lèvres, envisagé, je dis bien envisagé, que son plan « mariage »
n’était peut-être pas aussi inoubliable que ce qu’il laissait supposer. Le
problème, c’est qu’il ne l’a véritablement considéré qu’a posteriori et
qu’entre temps, Patou et moi, avons eu largement le temps de nous faire
mettre.
Vendredi dernier, Jo nous informe qu’il avait oublié de
nous « préciser » qu’il s’était engagé, en nos trois noms et pour le
lendemain, à participer au mariage de X. Passons sur l’impropriété choquante du
terme « préciser » qui aurait signifié qu’il cherchait à rendre plus
clair un préalable. Or, de préalable, il n’y en eût point.
Restons calme et posé, me dis-je,
il a cherché à bien faire, tout va bien du moment qu’il ne s’agit pas de X le
croqueur de graines.
« Attends, attends… X ?
X ? le croqueur de graines ? » demande Patou, devançant mon
doute d’une nanoseconde.
Je vois Jo bomber légèrement le torse et là, je sais que
c’est mal engagé. Je connais sa propension à manifester un aplomb extrême en
plein merdage.
Restons calme et posé, me
redis-je, et mesurons la profondeur dudit merdage. Ce n’est peut-être pas si
abyssal.
Jo nous confirme bien qu’il
s’agit du X en question, et en l’occurrence en réponse.
« Croqueur de graines »
est l’expression qui nous fait désigner un individu en voie d’extrême expansion
qui place au-dessus de tout : l’écologie, le jus d’orange, la vie rurale,
le bio, l’huile de friture, les huiles essentielles, le végétarisme, le rapport
corps/esprit, l’interdépendance de toute chose en ce bas monde, les conditions
de vie extrêmes comme signe indubitable de la supériorité de l’homo ruralus sur l’homo citadus. Il sussure les mots « ethnie » et
« éthique » comme s’il suçait un bonbon Ricola. Je vous dis ça, je
sais bien que je vais me faire tomber dessus comme la misère sur le monde,
surtout en ces temps d’écologiquement correct, mais enfin qui n’a pas bu un
Saint-Joseph 2005, domaine Mucyn sur un pot-au-feu ne connaît pas Dieu. Qui n’a
pas tartiné un os à moëlle en se faisant lisser les cordes vocales par un
Graves est dépourvu de mystique et ne peut prétendre approcher le rapport corps
/ esprit ou l’interdépendance du con de Manon.
Ce que je veux dire, c’est que
quand on a la sensualité d’une clé de 12, on pense d’abord à savoir comment on
va pouvoir se poiler autrement qu’en se coupant un bras.
Jo dit : « c’est en
haute montagne. En Haute-Savoie ».
A l’orée d’un possible repas de
fête au plancton, nous côtoyons tangiblement la fosse des Mariannes.
Le pragmatisme de Patou reprend
le dessus : « Appelle le dealer, pas çui-là, l’autre, on va devoir
partir bien plus chargés que d’habitude ».
08 septembre 2009
Jésus revient
Qu’avons-nous fait depuis le mois
de mai ? Je ne me souviens pas si Jo, Patou et moi, nous sommes employés à
autre chose qu’à la déconnexion mentale, que nous avons cependant pratiquée
avec une rigueur, un sérieux et une détermination qu’on ne retrouve plus guère
que chez le terroriste aéroportuaire.
Ah si, nous avons travaillé.
Patou, notre biologiste en chimie
moléculaire du cerveau, a été nommé chef de labo. Ce qui ne l’empêche pas de
nous tenir toujours régulièrement informés de l’avancement régulier et tranquille, et pour ainsi dire tranquillement régulier,
de notre décrépitude, et de s’y associer pleinement sans qu’il soit besoin de
le menacer.
« Vous avez du blanc sur le
nez » lui aurait dit son supérieur lors de sa nomination.
« Comme le mécanicien a du
cambouis sur les doigts » a-t-il rétorqué, en palpant du bout des siens la
paille en plexi au fond de sa poche.
« Putain, ça va nous faire
un truc à fêter » dis-je, tel le rapace intelligent, à l’annonce de la
nouvelle.
« Y a rien à fêter, on se
met le compte de comme d’habitude » : paroles de Patou le Modeste.
Sur ce, Jo a acquiescé et nous a
immédiatement intimé, en tant qu’avocat, d’appeler le dealer.
Y a des consignes qui n’ont pas
besoin d’être répétées deux fois.
Depuis le chapelet de victoires
au Tribunal que Jo a égrenné dans l’été, on l’écoute encore mieux. Il faut dire
que côté défonce, on s’épaule bien : pas un pour rattraper l’autre. Nos
vies se conjuguent dans la quintessence d’un indicatif présent, mais aussi et
surtout dans la pudeur d’une profonde et farouche amitié (instant kleenex).
Jo avait été mandaté depuis
l’année dernière par d’importantes structures, dont une à l’international, qui
avaient d’importants intérêts à défendre en contrepartie d’importants
honoraires. Il a eu conscience de n’être pas toujours du bon côté de la force,
mais il a cependant gagné procès après procès. A la fin, je ne savais plus si
on se défonçait pour fêter ses victoires ou pour oublier le désarroi de son
addiction au succès.
Donc, double dose.
J’ai pour ma part fait le ping
pong entre deux boulots de merde : encore un truc à oublier. Mais j’ai
repris mes études et obtenu mes diplômes : encore un truc à fêter.
Triple dose.
On en était là, hier soir avec les deux zigues et notre
quintuple dose, in fine. On en était à déblaterer sur la question du rapport au
temps, cette perfusion définitive qui ne te laisse pas une seconde de répit,
lorsque Patou s’est lancé dans un soudain cours de soutien :
« Que diriez-vous, bande de
petits malins, si je vous disais que les amphétamines exercent leur activité
directement sur les neurones adrénergiques et dopaminergiques et que certaines
d'entre elles développent une action préférentielle et presque spécifique sur
les neurones sérotoninergiques, hein, hein ? alors ?
héhéhéhéhéhé » (air insupportablement satisfait d’un Patou visiblement en
délire).
Jo et moi : sérieusement
défoncés, mais absolument consternés.
Je craignais que sous l’effet
désinhibant du cocktail chimique que nous avions préalablement ingurgité, Patou
n’endosse le rôle du paon scientifique au risque de nous péter royalement les
couilles (et dépossédant au passage Jo, à qui ce rôle revient de droit en vertu
de son égo de cathédrale).
Je m’apprêtais donc à lui
balancer mes deux ou trois couplets éculés sur la philologie, histoire de lui égaliser
la roue, mais plus prompt que moi, il poursuivit sur sa lancée :
« Et encore, et encore, mes
chers amis, héhéhé, comment réagirez-vous lorsque je vous parlerai de la
métamphétamine ? », dit-il, satisfait de lui, en extrayant un sachet
de sa poche en jean.
On s’est couché plutôt tard.
12 mai 2009
En plein dans le mai
En mai fais ce que tu peux.
04 avril 2009
On peut toujours rêver
J’aimerais qu’il ait un ami qui lui dise :
- écoute, vois les choses en face. Ce n’est pas parce que moi aussi je traîne mes casseroles conjugales et que je suis ainsi sensé dormir sous le même toit que toi, regarde, écoute, entends, elle, ce n’est pas pareil, elle, elle se rappelle, elle se souvient, elle fait des assemblages dans sa tête et dans ses gestes qui ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux que nous, hommes, amoureux, haineux, meurtriers, croyons voir dans toutes les femmes. Tout ce que nous imaginons de commun chez elles, pour nous assurer que la vie est ainsi faite et que rien, entends-tu, rien, rien, ni hier ni aujourd’hui et peut-être ni demain, rien, ne viendra modifier nos images d’elles, pour avoir moins mal, pour être plus assurés, pour, je ne sais plus, mais sûrement pour avoir moins mal.
Regarde-là, elle, elle te dit autre chose, autrement, elle le dit à toi, toi qu’elle croit autre, qu’elle sait autre, regarde, je suis ton ami, je devrais te taper du coude et te dire que c’est du pareil au même les gonzesses, mais je ne serais pas ton ami si je te disais ce que tu attends, ce que tu attends pour avoir moins mal, or je suis ton ami, or je m’accroche encore à cette idée qui m’humanise encore un peu dans le marasme de cette existence où la plupart du temps je ne suis pas tout à fait moi, je suis ton ami, et alors je me dis que si c’est vrai, si je peux te taper du coude, si je peux échanger ce regard qui est sensé dire bien plus qu’aucun mot ne pourrait le dire, dire cette connivence qu’on essaie de construire, pour avoir moins mal, mon ami, pour avoir moins mal, retiens-là. Tu ne l’as pas comprise, tu ne la connais pas, tu l’as mariée mais tu ne sais rien. Moi qui suis dehors et qui suis tenté, c’est vrai, je ne le nie pas, de voir l’herbe toujours plus verte ailleurs, je te le dis, elle n’est pas plus verte, elle est. Elle est à toi, pour toi, et toi, pardonne-moi mon ami, ce n’est pas trahir, et puis comment te convaincre de ce que je vois, lorsque tu es persuadé de voir mieux que moi ma vie, la tienne, celles des autres, comment faire, comment dire que tu te trompes, comment te dire que tu dois faire un pas, pas en arrière, de côté, de côté mon ami, et tu verras. Moi, si j’en avais une comme ça, peut-être que je la laisserai partir, parce que c’est moi qui l’aurait alors choisie, et que rien que pour ça, j’aurais toutes les raisons du monde de la renier, de l’oublier, de la nier, de la haïr, comme j’ai haï depuis ce premier souffle, mais ce n’est pas moi, c’est toi. C’est toi. Et c’est elle.
Voilà, ce que j’aimerais qu’il lui dise.
17 février 2009
Comment ressembler à Laura Ingalls ?
Allez chez Horreur & Merde acheter ces nouvelles chemises à la mode délavées et rayées qui vous donneront l’air de rentrer des champs (14, 90 euros).
Prenez une douche, enfilez votre nouvelle tenue fermière fabriquée par des roumains ou des chinois , c’est pourquoi vous l’avez payée ce prix là, qui a instantanément soulagé votre porte monnaie tout en envoyant se faire voir votre éthique ailleurs.
Puis une fois rentrée à la maison, prenez un gramme de cocaïne avec des vrais morceaux de cocaïne dedans. Une grande cuillère, de l’amoniaque, la cocaïne fond comme les bons sentiments au soleil sauf qu’elle trempe dans l’amoniaque, qui chauffe sous une flamme, récoltez le peu de pate au couteau, trempez dans l’eau puis séchez sur un saupalin.
Vous avez le temps, Charles Ingalls ne rentrera pas avant ce soir.
Prenez un verre, recouvrez-le de papier alu, faites des petits trous au cure dents en carré à une extrémité, puis une ouverture plus grande à l’opposé.
Faites chauffer le mélange amoniaque / cocaine sur la gazinière, une partie fond, l’autre non. Celle qui résiste, c’est la coca pure. Rincez-la à l’eau et ô joie physico-chimique nous obtenons une petit caillou pur de blanche, ou de blanche pure, comme vous voulez.
Sur les petits trous de l’alu, on pose un cylindre de cendre de clope, on l’applatit délicatement, on pose son caillou dessous, on vide son air, et on allume le feu comme dirait Johnny. On allume le caillou sur la cendre à l’aide du briquet pendant que la bouche aspire par la grande ouverture et ne cesse d’aspirer tant qu’elle peut.
La bouche garde la fumée, pour une fois elle se rend utile, en ne déblatérant pas mille conneries à la minute. Le flash stoppe tout. C’est bon, on est comme à la campagne, à la cool, mais pas trop quand même, faudrait pas venir me faire chier.
C’est un rituel les gars, comme le thé japonais.
Jo et Patou ont l’air d’aimer, ils ont l’air aussi cons d’habitude.
omment r
04 décembre 2008
La phrase du mois
On n'apprend que ce que l'on était prêt à découvrir par soi même (poil à la crème).
08 novembre 2008
Dans 1000 ans
Ça fourrage sévère à cœur. Main griffue qui farfouille acharnée au-delà du sang. Y a la foreuse qui s’active creusant année après année son périmètre, son tunnel. Y a les puissants aimants et les caméras chiadées. Ça pourrait ressembler à un accélérateur de particules.
Attends je relis.
Pourquoi cette obscure intro ?
Je répète pendant que tu plaques trois accords de piano : pouuuuuuuuquoi cett’obscuuuuuuure introooooooo ?
Je répète : pourquoi.
Pendant que tu plaques.
Je la vois, je lui fais face, seconde après seconde, y a pas à dire, j’en suis pas fière, mais je sais me battre.
Je ferai feu de tout bois mais du déni y en aura pas. Ni des petits arrangements que l’on s’accorde pour arriver à faire bonne figure.
Y aura pas de pitié non plus : ni sur toi et encore moins sur moi. Juste un cœur qui bat pour un autre avenir.
Y aura pas de soi-disant bonnes intentions pour venir à la rescousse. Il y a déjà la volonté sans adjectif et surtout sans adverbe.
Y aura pas de statue à déboulonner parce que je lui aurai embrassé les yeux.
24 octobre 2008
On fait c'qu'on peut avec c'qu'on a
Ok, les gars, vous ne serez pas dépaysés, tout cela n’est qu’un retour à l’anormal.
Le titre de ce billet n’est pas très sorcier et rien ne vous paraîtra étrange puisque vous êtes chez TENIR ! (je tiens au point d’exclamation).
PD, l’amour oléagineux de ma vie, pourquoi olégineux me demanderont ceux qui en ont quelque chose à foutre, je n’en sais rien, noix, noisettes, amandes, vin, long en bouche, sirupeux, sensualité, j’en sais rien, PD donc disais-je, disait : la nostalgie c’est comme les coups de soleil, ça fait mal le soir.
Prenez vos cahiers et vos stylos, leçon n° 20487309040 ° ouest ° 465 sud, quarantièmes rugissants, cinquantièmes hurlants, deux points ouvrez les guillemets : "comment aborder sereinement le soir ? "
Dans un souci d’accessibilité évident qui vous aura sauté à la gueule comme une bombe à fragmentation, nous supprimerons l’adverbe et reformulerons notre problématique ainsi : comment aborder le soir ?
Et là une foultitude de formes / pensées s’amalgament soudain pour vous pleuvoir sur la gueule comme si on était le matin, alors que, ceux qui suivent savent qu’on est le soir.
Comment aborder le soir ?
Comment aborder le soir quand votre moitié a une gueule de centième ?
Comment aborder le soir quand vous avez l’impression d’être un bocal sur une étagère ?
Comment aborder le soir quand la coke est franchement de mauvaise qualité, mais que vous tapez du pied pour vous forcer à penser à autre chose ?
Le problème c’est que ça marche. Vous pensez à l’opium.
Comment aborder le soir quand vous pensez à l’opium et que vous vous interdisez d’appeler magic man parce que la dose qui devait vous faire deux mois vous a fait deux jours, et que vous ne voulez pas passer pour ce que vous êtes déjà : une polytoxicomane ?
Comment aborder le soir en ayant le courage de ne pas mettre un coton entre soi et la vie ?
Comment aborder le soir sans penser à ceux qui sont partis trop tôt, et ceux qui ne méritent pas de s’éterniser ?
J’enfouis la tronche dans les cours, dans les livres, dans les textes qui ne seraient rien sans ce que je suis. Je pourrais me goinfrer tout le savoir de l’univers, si le média est pourri, le reste l’est aussi.
Comment aborder le soir ?
En ne se prenant pas pour de la merde.
Facile, avec un demi-litre de rhum.










