04 septembre 2007
L'avis de Levy, special tribute
J'entends d'ici le persiflage, comme quoi Hug baisse, à supposer qu'elle se soit déjà élevée, qu'elle a la flemme de venir et d'aller, d'embrasser le clavier de ses mains rustiques, noueuses et veinées, et d'aller visiter les dernières âmes qui se rappellent encore à son bon souvenir.
C'est vrai. Primo, je crois que j'ai commencé ma période d'hivernage. Deuxio, je viens de me racheter le texte d'une pièce de Yasmina Reza. Tertio, je fais un début d'angine.
Ne vous plaignez pas, je vous fais un trois en un : leçon de psychanalyse, leçon d'anglais, leçon de vie. Vous avez vraiment de la chance de m'avoir.
Speciale dédicace.
TRANSLATION (soooooo pretty, i am) :
"Vous remarquerez qu’il y a dans ce que nous recherchons quand nous tombons amoureux, un étrange paradoxe. Le paradoxe réside dans le fait que lorsque nous tombons amoureux, nous essayons de retrouver un être, parfois plusieurs, auquel nous étions attachés dans l’enfance, et d’un autre côté nous attendons de l’être aimé qu’il redresse à lui seul tous les torts que jadis nos parents, nos frères et sœurs ont eu envers nous, de sorte que l’amour porte en lui cette contradiction : le besoin de revenir au passé et le besoin de réparer le passé."
Poil au nez.
30 août 2007
Danser pour ne pas mourir
Si vous voulez dire que je me fais pas chier en me contentant de poster
une vidéo, vous pouvez, je m'en fous à un point intersidéral qui
dépasse l'entendement du plus insignifiant bol de riz cantonnais.
La vie est longue, les gars, vous trouvez pas ?
http://fr.youtube.com/watch?v=YqoMDTF5ehk
25 août 2007
Question pour un champi(gn)on
Je suis un écrivain mort l'année où Huguette est née. Comme moi, elle cherche le sens de la vie dans les drogues et l'écriture, le talent en moins. De toute façon, il lui eut été difficile d'en déceler toute trace dans mes oeuvres, vu qu'elle n'a jamais dépassé la 10ème page de mon livre le plus connu around the world, et qui a été réédité, pour la ô combientienne fois, en Chine en 2000 sous la somptueuse couverture que voici, et qu'en son for intérieur elle m'envie :

JE SUIS ? JE SUIS ? JE SUIS ? JE SUIS ?...
Mort, héhéhéhéhé.
Ah, p'tain, j'allais oublier la musique, bande de petits veinards :
PS : Br'1, tes cours de chinois t'excluent ipso facto du jeu (j'attends la lettre de ton avocat).
19 août 2007
Change
AVANT
APRES
Dans toutes ces paroles prononcées à la va-vite, il y doit y avoir du vrai. Il y a toutes les illusions portées, ou plutôt celles qui nous portent, et c’est tant mieux. S’illusionner encore, c’est pouvoir encore rêver. S’illusionner trop, c’est refuser d’avancer, de casser les carcans archaïques. Parfois il y a trop de mots, trop d’idées, trop de savoir. Il a trop de fruits sur l’arbre de la connaissance, et trop de tentations. Il y a trop de fruits pourris aussi, et certains ne goûtent qu’à ceux-là. La faute à qui ? (complément d’objet indirect). La faute à quoi ? (complément d’objet direct).
Dans Matrix je crois que j’aurais choisi la pilule rouge. Celle de l’oubli, et peut-être au final celle du bonheur.
Ce qui est intéressant c’est d’avancer des théories, de proposer des solutions qui ne seront forcément qu’à la hauteur de ce que l’on connaît. Qui peut parler de la mort ? Qui peut parler des intentions, des doutes, des empêchements du voisin ? On ne peut parler que de l’irrépressible envie de tuer ce voisin. Pas plus. Ce n’est pas une question d’humilité, plutôt de curiosité.
Le besoin de se rassurer est parfois si prégnant qu’il nous fait avancer bardés de certitudes. Je n’aime pas les certitudes, je préfère les décisions. Les décisions seront toujours un pari, et présenteront toujours un risque. Les statues de sel ne prennent pas de risque. Peut-être que le but n’est pas de changer, mais seulement d’avoir moins mal, de tenir quoi.
Jo a pris un sacré virage aujourd’hui. Il a dit qu’il préférait définitement le Bourgogne. Ce à quoi j’adhère totalement. Il faut casser les systèmes (bis repetita). Patou, scientifique à ses heures pas perdues pour tout le monde, a viré de bord aussi. Après des années passées à ressasser le scénario de sa démission en vue de s’exiler dans une quelconque contrée exotique pour des raisons indépendantes de sa volonté à ne pas regarder les choses en face, il a décidé qu’il resterait à l’étage 4, dans le même immeuble où il se rend chaque matin, depuis 15 ans, sous les mêmes ordres hiérarchiques des mêmes têtes, bref qu’il ne changerait rien. C’est courageux. C’est une décision de changement dans le non changement. Je connais suffisamment les deux zigues pour savoir qu’il assumeront pleinement leurs nouvelles fonctions si l’on peut dire.
Moi, j’ai rien dit, vu que je les recevais dans ma nouvelle maison, et que sur le plan du changement l’environnement parlait de lui seul. Exit les explications et les prises de décision, puisque la vie avait décidé pour moi en quelque sorte, et moi j’avais décidé de dire ok, comme pour me donner l’impression que j’avais un peu le choix quand même, parce que faut pas déconner, alors que bon. Non, je savais que malgré leurs défauts respectifs (pour la liste va falloir fouiller dans les archives préhistoriques de ce blog), j’avais à faire à des gens responsables, et surtout résolument tournés vers la vie pour faire entrer autant de bouleversements dans les leurs.
Je suis heureuse de les retrouver : je est un nôtre. Et du coup, ça fait parfois un peu moins mal aux entournures. On a l’air plus fatigués en période de vacances. Jo a dit que c’était parce que les vendanges c’est en septembre, et qu’il faut pas aller plus vite que la musique. Ses raisonnements simples sont un pur bonheur, un repos de l’âme. Je vais enfin arrêter de tourner en rond comme une queue de cochon dans les méandres de mes hémisphères. A leur contact, les analyses sont plus simples parce qu’elles sont au plus près du corps. Elles ne s’encombrent guère d’informations tarabiscotées, de phrases alambiquées.
C’est l’homme qui tombe à pic au carré, car le blog avait pris un dangereux virage intimiste, il devenait lui-même un système fermé. Je ne vais plus être obligée de rester autour de la périphérie de mon nombril pour faire vivre ce blog. Il me suffit de les regarder vivre pour ne plus penser à moi. Et tout, à cette heure serait vraiment presque parfait s’il n’y avait pas autant de putains moustiques (puis-je grammaticalement accorder « putains » et « moustiques » ?). Ah si si, c’est un aussi adjectif. J’ai tout bon.
13 août 2007
Bordel ambiant

L’angoisse qui monte au tripes. Je l’aurai pas volée celle-là. C’est ce qui arrive quand on n’est pas content de soi, à tort ou à raison.
Personne à qui parler ce soir, mais pour dire quoi en définitive ? Alors tu vois j’ai un point de côté ici, un autre là, un truc qui lance dans le plexus, et une boule de feu dans le ventre qui fait comme un grand huit à l’envers. Tu veux dire à l’infini ? C’est possible. Des fois je m’habitue, d’autres pas.
J’ai rangé des trucs, enfin j’ai essayé de ranger des idées, des désirs au placard, pour me faciliter. Pour le moment, j’attends le résultat, comme au loto. Demain, je suis censée faire des trucs comme des gens normaux, vous savez commencer une semaine, avec des choses à faire à des heures précises. Je dors de moins en moins. Ou alors de plus en plus, mais de plus en plus tard. Je peux encore moduler l’emploi du temps. En septembre, je pourrai toujours me brosser pour reporter. Comment on dit déjà ? procrastiné ? C’est dur à prononcer.
C’est con à dire, mais va falloir que je me range un peu des voitures. Je me suis lâchée la bride, tout est encore récupérable, mais faudrait voir à ce que tout ça ne tourne pas à un pugilat menée en bonne et due forme et surtout en toute indépendance qui aboutirait à un nulle et non avenue.
Indépendance : voilà un mot intéressant. Aussi intéressant que : contrôle. J’aurais beaucoup de choses à dire sur ces deux termes, polémiquer, philosopher (de comptoir), bref avancer des idées avec de la passion dans la bouche et des œillères sur les yeux. L’important étant peut-être de seulement participer non ?
Y a des moments où il faut simplent se taire, mais bon, je suis là, sur MON blog qui plus est, alors si je vous envoie des pages blanches, je ne vous dis pas que ce sera plus intéressant que les pattes de mouche que je tente péniblement d’aligner ce soir, mais ça n’aurait plus d’intérêt POUR MOI. Car, nous sommes bien d’accord, chacun défend ses petits ou grands intérêts, ces petites manies, passions, vices, etc. Moi je défends rien (puisque le blog et rien, c’est kif kif). Je remplis du vide. Je n’ai aucun mérite, vous en croisez quotidiennement par centaines des comme moi. On aligne. J’aime bien le suffixe ligne. Pas besoin de remontant, ni de consolation, on est dans le constat les gars. Je ne le prétendrais pas objectif à cette heure de la nuit, ni à n’importe quelle heure de n’importe quel moment de ma vie d’ailleurs.
Juste la nécessité d’un lien virtuel, syntaxique autant que peu se faire, pour pourfendre le béton armé de la solitude. Tu peux y aller, c’est du solide. Aligne tous les mots du dico, mets les dans des combinaisons pas possible, sors-les comme des appels au secours, en faisant croire que tu rigoles sous cape, alors que tu pleures ta race parce tu voudrais pouvoir supporter mieux, supporter plus, être autre. Rien de grave les gars, je mange et bois bien, je me marre, j’ai des potes, une moto, une descendance, une lessive qui sent bon, une crème très hydratante, et un déo qui résiste à cent ans de momification. Franchement, on se le demande, que peut-il m’arriver de mieux ?
J’ai arrêter de me demander ce qui pouvait m’arriver de pire, car ça fait tout de suite très pompeux occidental, très psychanalyse volontairement ratée, très conceptuel quoi.
L’attente du pire est dans mes veines. Je n’y peux rien. C’est pour ça que j’oublie par tous les moyens. Ok, je me cherche quelques alibis pas bétons, mais c’est pour être sûre qu’autour de moi y aura quelques âmes amies sensées me donner des coups de pied au cul.
Le pire je ne le vis pas. Il est en devenir permanent. C’est le seul héritage que je possède et que je possèderai jamais. Immensément riche. Presque un beau parti.
Un beau. Parti.
Je suis inquiète car je parle de plus en plus. On ne gagne rien à trop parler, à trop vite parler. Je savais ça avant, mais c’est comme si d’un coup j’avais quelque chose à rattraper.
C’est rien, c’est l’heure qui tourne. J’arrête pas de me faire doubler par le soleil. Le sommeil n’en parlons pas. Il est à peine d’actualité.
Si quelqu’un me disait à voix haute tout ce que je viens d’écrire, peut-être que je me moquerais intérieurement un peu. Pourtant, je ne ris jamais des phobies des autres.
Ma tête est dans mes mains, et je serre des dents, même quand je dors. Même quand j’arrive à dormir. Je sais que ce sujet intésement érotique risque de changer votre vie pour toujours, c’est pourquoi rien.
Je ne me sens pas fatiguée, ni de corps, ni d’esprit (à supposer que j’en ai). J’en ai juste marre, un putain de raz le bol, un tsunami marseillais qui ne ferait qu’une victime. Une bouche de moins à nourrir. Une bouche de moins qui la ramènerais moins.
Et moi, peut-être, enfin, peinarde.
08 août 2007
Fuck the pain away

CE SOIR, C'EST CA :
Le moins que l’on puisse dire, c’est que j’ai déjà eu l’air con dans ma vie, mais je me surpasse à l’heure de ma mort. Je gis dans une surdose médicamenteuse de ma préparation, en nuisette de coton à grosses fleurs roses achetée trois dollars quelque part dans Brooklyn, les jambes dans cette légère position d’ouverture qui sied aux intenses états de repos, en tenant fermement de ma main droite les Dicos de Bernard Pivot. A l’heure où le désir du trépas fut plus fort que tout, et en l’occurrence plus fort que rien, j’ai souhaité partir en dictée comme d’autres partent en chanson. Je ne peux toujours pas justifier le choix de l’ouvrage, ni comprendre comment me vient encore l’usage de l’adverbe de temps.
J’ai le corps qui me démange et je ne peux pas me gratter. Je n’essaie même pas de tendre la main, je sais d’une façon qui n’a rien à voir avec le savoir que je n’ai pas de contours. Ainsi, je ne me sens guère dépaysée. J’avais, de mon vivant, toujours vu mes oignons orthopédiques à la verticale, et ce seul angle de vue allié à l’intense fatigue que produit tout complexe physique, m’avait sans aucun doute aidée à ne plus faire cas de ces protubérances excessivement situées hors de tout axe raisonnable. Ce qui me fit chausser au plus grand mépris de toute esthétique et au détriment de toute compassion pour la vue de l’autre, tongs et autres sandales d’été portées dans un je-m’en-foutisme royal. Imaginez un beau genou saillant, l’arabesque orientale du galbe d’un mollet, une cheville aussi fine qu’un poignet, bref imaginez une belle demi-jambe terminée par un ergot de poulet, le tout au carré, et qui émerge à présent, je le rappelle, d’une nuisette à fleurs roses ci-dessus mentionnée, dont l’achat prématuré préfigurait le renoncement à l’amour, le motif floral constituant à lui seul un obstacle majeur à tout désir. Sans doute fallait-il aussi deviner dans cette exubérante acquisition, cette nécessaire politesse qui nous pousse à dire que tout va bien alors qu’on a la tête dans le four.
Je vois mes oignons sous un autre angle et ma stupeur tient plus de la curiosité scientifique que d’un dégoût en bonne et due forme, d’un dégoût de vivant. J’aurais préféré que ces pieds de vigne poliomyélites dont la nature et ma mère m’avaient affublée comblent un peu plus mon âme d’éthylophile, quitte à moins bien rétrograder pieds nus en moto. On finit par se vanter de choses ridicules à force de rien, et j’ai peut-être le tort d’accorder plus de crédit au mouvement du coude qu’à celui du pied. Au fond, tout cela n’a plus beaucoup d’importance, l’échéance n’aurait été que reportée.
Cela faisait un bon moment que je ne nourrissais plus de « culpabilité » à l’égard du suicide médicamenteux. Je ne revendique aucune différence, mais dans la mesure du possible j’essaie d’éviter les choses convenues, et le médicament chez la femme est une chose convenue. En tout cas, cela me semblait être une relation quasi tacite, sans doute aussi parce que j’essayais de la considérer d’un point de vue masculin. Je ne sais pas si j’y suis parvenue. Mais si je m’étais détachée de l’idée de la crémation en pensant aux vers entamant gaiement mon ultime Playtex, je ne suis jamais parvenue à me défaire de celle d’un état de « sérénité » au moment de passer de vie à trépas. Autrement dit, j’avais les foies.
« Ça » ne s’est pas produit sous le coup d’une pulsion, « c’est » monté très progressivement au fil des ans, bien que je ne puisse affirmer qu’il y ait eu préméditation. Et si le moyen fut assez convenu pour une personne de mon sexe, il ne m’en reste pas moins le soulagement d’avoir évité toute mise en scène. Si tel avait été mon souhait, vous ne m’auriez pas trouvée déguisée en lampadaire avec des pieds de volaille à qui il manque un perchoir, s’accrochant comme à ses bijoux de famille aux dictées de Pivot, en livre de poche qui plus est. Non, j’aurais choisi quelque chose de plus seyant, un déshabillé fluide dans deux tons de gris, très séventie’s, des chaussures plates masquant les deux bosses de chameau qui me tiennent lieu d’orteils, et un ouvrage de Cioran ou de Pessoa dans une édition de belle facture aurait terminé la courbe sensuelle d’un bras abandonné dans un élégant négligé, mais surtout je me serais ratée.
Je suis très caricaturale, mais ne vous méprenez pas sur mes intentions, car à l’heure qu’il est je n’en ai plus.
Si je devais dérouler le fil et remonter jusqu’à la cause qui m’a fait aller pointer plus tôt que l’imprévu, il faudrait sans doute que je remonte jusqu’aux supposées origines de l’univers. Et même maintenant, en flottant au-dessus de ce corps machinal, de cette usine désaffectée, détachée des bassesses et des hauteurs de ce monde, et pour ainsi dire sans auréole, j’éprouve des difficultés à relier les choses entre elles. Je ne peux pas invoquer un problème de synapses, y en a plus, ni de manque de recul, je plane à quatre mètres sous plafond, c’est l’avantage de se finir dans un appartement haussmanien.
04 août 2007
Success story
Bon les gars, ça y est maintenant j’ai une biographe attitrée. Il a suffit d’une tranche de vie, d’un moment passé, de quelques bouteilles de rosé arrangées à la mode de chez nous pour qu’on finisse sur un 60 / 40, ce qui me paraît équitable, vu que c’est elle qui va se taper tout le boulot, mais surtout toute l’enquête qui risque d’être longue.
Rendez-vous chez Ardisson.
Excusez moi j’entends le succès frapper à ma porte, faut que j’y aille.
26 juillet 2007
Modern Love
Je
présente des excuses générales à tous les fous qui ont persisté à me laisser
des messages, et j’implore leur patience pour l’absence de réponses. Je peux
rédiger sans connexion Internet ce billet et faire un rapide copier coller via
n’importe quel autre ordi, mais je n’ai matériellement pas le temps de répondre
individuellement ni d’aller vous visiter sans connexion perso.
J’en
suis à la 10ème intervention de France Telecom qui doit retrouver un
cable vaguement coupé, et qui m’a prélevé 90,60 euros alors que je n’ai
toujours pas de tonalité, et si je devais vous raconter toute mon histoire avec
eux vous me prendriez pour une vile menteuse. C’est tout simplement fou. Ma vie se résume à bosser, à ne voir plus grand monde, ni
trop parler, sauf si c’est pour finir en after avec 10 grammes de coke dans le front, enfin dans le nez, et quelques nuits sans sommeil, et descente en règle derrière.
Le
reste du temps, je vis retranchée dans une seule moitié de l’appart. Le plafond
de ma chambre est trop haut, mon lit trop vide, mes murs trop blancs, l’air
trop chaud, et je me cogne comme un papillon de nuit sur cette béance
haussmanienne qui me coupe les ailes. Je ne parle pas du salon qui me donne
tout simplement envie de remplir mon moulin à poivre de mort aux rats.
L’archéologue est en vacances, le psy je veux dire. Au moment où j’ai eu non
pas le courage, mais l’énergie du désespoir pour l’appeler, son répondeur me
répond 3 septembre.
Ok,
mec. Je me retranche dans la moitié de l’appart, en vérité une seule pièce sur
les 90 m² . Celle de la bibliothèque, et de mon canapé Chesterfield vert anglais pleine
peau acheté 20 euros chez Emmaüs. Il me ressemble : il vaut que dalle,
j’ai foutu du chatterton sur les plaies ouvertes, et un sari indien sur le
chatterton. Avec de la lumière tamisée, ça passe.
Je
vis là, et en un mois je ne sais plus le nombre de bouquins que j’ai avalés,
presque tout John Fante, Steinbeck, Koltes, quatre bouquins de botanique sur
les cactées et les plantes grasses, car j’avais des âmes à sauver qui
persistent à crever, et tout un tas d’autres ouvrages dont les titres et les
auteurs m’échappent à cause d’une posologie médicamenteuse qui a progressé de
concert. Toujours rien de nouveau chez Huguette. Sauf que j’ai voulu acheté ces
nouvelles plantes, les bouturer, les soigner, les chouchouter. ça va te faire
comme un yoga, que je me suis dis. Mais tu vois comment est la vie, elles ont
décidé de passer l’arme à gauche, malgré tous mes soins, y compris celles que
je possède depuis 8 ou 9 ans. Du coup, ça me fait moins comme un yoga.
J’ai
renoncé au ménage depuis quelques jours. C’est pourquoi j’essaie de manger
exclusivement dans la cuisine, pour limiter les dégâts.
Jamais
je n’aurais imaginé vivre dans un hall d’entrée. Quand on visite un appart, on
a l’impression de sentir d’emblée où vont se trouver nos ambiances. J’avais pas
imaginé le hall d’entrée. J’y ai mon bureau, mes livres, mon canapé, un grand
tapis, un bouteille d’eau, une bombe de Catch contre ces putains de moustiques,
un téléphone portable qui ne sonne plus vraiment. Normal, à force de ne pas
répondre, les gens s’effilochent. On ne peut pas sauver les gens contre eux
même, pas vrai ?
Ab6, tu m’as demandé comment je faisais la nuit.
Pour le moment, je m’enfonce nuit et jour, en montrant exactement le contraire
aux principaux intéressés, je ne vois pas pourquoi je mets un pluriel
d’ailleurs.
Je fais la forte, et puis au bout d’un moment si t’as un peu de décence (et de
honte aussi) tu commences à épargner à tes proches tes incohérences. Donc, tu
fais le mort, c’est moins fatiguant que de rouler des mécaniques.
T’as
l’impression de ne plus avoir l’âge pour ce genre de conneries dépressives,
mais bon y a les plaques tectoniques qui dansent la gigue de Saint Guy sans te
demander ton avis, et toi tu te mets à ressembler à la faille de San Francisco
sans que tu ne puisses rien faire, à part te tenir aux rampes d’escaliers quand
y en a. Personnellement, je prends
l’ascenseur en tournant le dos au miroir. Si ça s’est un peu creusé au niveau
des yeux, l’ensemble reste encore potable, mais je préfère tout de même éviter
les miroirs. Je pense que je peux encore creuser plus loin (au niveau des
yeux). Le malheur des autres n’est pas très attrayant. Moi même, je le
reconnais volontiers, je fuis à toutes jambes les noirceurs des vies, les
ombres grises et les nuages noirs que trainent les gens dans la mouise :
c’est trop d’énergie à donner, tu te
fais vampiriser, et puis merde faut grandir, être matûre par rapport à sa
douleur, on n’a plus quinze ans, faut décider de sa vie, ne plus s’abîmer.
Ça
c’est ce que je me disais, tant que je me croyais de l’autre côté. A
l’abri de moi. C’est bien, je m’étais dit, t’as fait du chemin. Tu parles d’un
chemin, se retrouver à 38 ans au même endroit qu’à 22, je crois que c’est une
évolution d’une rare intensité, d’une rare fulgurance, tellement forte,
tellement vite passée, que j’ai pas vu la différence. Sauf dans les miroirs.
Alm,
après Fante, je crois que je vais m’attaquer les Buckowski qui m’ont échappé,
c’est à dire la plupart. Je ne suis pas très fan de son écriture, ni de son
désespoir (je trouve Fante plus subtil et moins noir pour le peu que j’en
sais), mais j’ai un tryptique littéraire dans les mirettes depuis un
moment : Faulkner, Fante, Bukowski. C’est plus pour le goût de la
découverte. Certains ricains contemporains commencent à me courir sur le
haricot. Par contre plutôt bouffer des endives cuites au jambon que de lire
Kerouac. Sa période beat neak me sort par les trous de nez.
C’est
juste pour dire que rien n’est (encore) perdu.
Merci
à tous d’être encore patients avec moi, je sais qu’on ne peut pas continuer une
relation unilatérale à 12. Je vous donnerai tous les oiseaux, tous les bateaux,
tous les soleils dès que j’aurai dégommé à l’acide chrorydrique le prochain
technicien de France Telecom.
Enfin
pour finir, ça ne me ressemble pas mais je vous le colle quand même, j’ai relu
un texte de Bernard Marie Koltes qui s’intitule « la nuit juste avant les
forêts », que j’ai vu interprété deux fois par Denis Lavant, ça a été un
de mes plus beaux moments de théâtre. Je n’ai plus jamais été la même après
ça. Je ne puis retranscrire le soliloque
de ce texte de je ne sais plus combien de pages, mais du coup je vous assène un
texte court mais important de Koltes qui a paru initialement dans le programme
de la première mise en scène de Patrice Chéreau d’une autre pièce : « dans
la solitude des champs de coton », lue comme indication pour comprendre la
pièce et comme « tremplin de lecture » :
« Si
un chien rencontre un chat – par hasard, ou tout simplement par probabilité,
parce qu’il y a tant de chiens et de chats sur un même territoire qu’ils ne
peuvent pas, à la fin, ne pas se croiser- ; si deux hommes, deux espèces
contraires, sans histoire commune, sans langage familier, se trouvent par
fatalité face à face – non pas dans la foule ni en pleine lumière, car la foule
et la lumière dissimulent les visages et les natures, mais sur un terrain
neutre et désert, plat, silencieux, où l’on se voit de loin, où l’on entend
marcher, un lieu qui interdit l’indifférence, le détour ou la fuite- ;
lorsqu’ils s’arrêtent l’un en face de l’autre, il n’existe rien d’autre entre
eux que de l’hostilité, qui n’est pas un sentiment, mais un acte, un acte
d’ennemis, un acte de guerre sans motif.
Les
vrais ennemis le sont de nature, et ils se reconnaissent comme les bêtes se
reconnaissent à l’odeur. Il n’y a pas de raison à ce que le chat hérisse le
poil et crache devant un chien inconnu, ni à ce que le chien montre les dents
et grogne. Si c’était de la haine, il faudrait qu’il y ait eu quelque chose
avant, la trahison de l’un, la perfidie de l’autre, un sale coup quelque
part ; mais il n’y a pas de passé commun entre les chiens et les chats,
pas de sale coup, pas de souvenir, rien que du désert et du froid. On peut être
irréconciliable sans qu’il y ait eu de brouille ; on peut tuer sans
raison ; l’hostilité est déraisonnable.
Le
premier acte de l’hostilité juste avant le coup, c’est la diplomatie, qui est
le commerce du temps. Elle joue l’amour en l’absence de l’amour, le désir par
répulsion. Mais c’est comme une forêt en flammes traversée par une
rivière : l’eau et le feu se lèchent, mais l’eau est condamnée à noyer le
feu, et le feu forcé de volatiliser l’eau. L’échange des mots ne sert qu’à
gagner du temps avant l’échange des coups, parce que personne n’aime recevoir
des coups et tout le monde aime gagner du temps.
Selon
la raison, il est des espèces qui ne devraient jamais, dans la solitude, se
trouver face à face. Mais notre territoire est trop petit, les hommes trop
nombreux, les incompatibilités trop fréquentes, les heures et les lieux obscurs
et déserts trop innombrables pour qu’il y ait encore de la place pour la
raison ».
A
la votre.
17 juin 2007
Vocation

Je suis partie prendre l’air. A côté de Marseille, se trouve une ville bien connue des éthylophiles pour ses pieds de vigne poliomyélites qui donnent un jus de qualité variable, quand celui-ci ne se repose tout simplement pas sur les lauriers d’une glorieuse région. Pour ne pas dire d’une gloire passée. Mais on ne peut pas être et avoir été, m’affirmait avant-hier mon boucher, qui se trimballe pourtant la même tronche depuis trois décennies. Non que je le connaisse depuis si longtemps, mais la photo au-dessus de sa caisse ne trahit pas la vocation qui semble lui être tombée très tôt sur le groin, puisque la nature, cette pute, s’acharne à donner dès le berceau la gueule de l’emploi à tout un chacun. Et Dieu sait que je n’aime pas les clichés et les rôles distribués à l’avance, mais les bouchers finissent par ressembler soit à des cochons, soit à des bœufs, soit à Jack l’éventreur. J’y peux rien, c’est pas moi qui fais les règles.
Bref, de Bandol donc, j’ai pris l’embarcadère pour aller à l’ile d’en face, Bendor, propriété de la famille Ricard, sachez-le, au cas où vous serait venue l’idée saugrenue de débourrer pendant la traversée.
Vous me direz, pour débourrer en 7 minutes, faut n’avoir préalablement ingurgité que du Cacolac.
Bref, me voilà depuis hier sur l’ile fantastique, pas pour des vacances mais pour des raisons très banales que je ne vous exposerai pas, car vous risqueriez de penser que j’ai une vie très ordinaire, que je fais pipi, caca, et que je pète sous la couette comme Monsieur et Madame Toulemonde, alors que j’ai qu’une couette une place. Vous me prenez vraiment pour n’importe qui, c’est très blessant.
J’ai fait le tour de l’ile en 20 minutes, j’ai cherché voir s’il ne traînait pas un pirate sur les cailles acérées du nord, mais y avait que la mer qui me postillonnait dessus car on était au vent, elle et moi.
J’ai cherché encore en partant plus vers l’ouest et vous me croirez ou pas, sur ce bout de caillou verdoyant, grand comme un mouchoir de playmobil, j’y ai trouvé un musée du vin.
Quand je vous dis que la nature s’acharne au sortir du berceau, je sais ce que je dis.
31 mai 2007
Antenne deux

Tu vois quand tu montes sur le grand huit ? T’as le moment où t’as le cœur qui bat à te péter la cage thoracique pendant que tes yeux s’accrochent inexorablement à la pente à venir.
Le moment d’après, t’as les deux mains rivées à la barre et tu hurles en crachant tes poumons, convaincu que tu vas passer cul par dessus tête.
Bon, ben moi, parce que vous ce soir je m’en fous, je suis entrain de hurler tout ce que je sais, accrochée à un verre de Moulin à Vent parce que je déteste les fêtes foraines. Sauf la fois où on m’a offert une bague en plastique rose trop petite pour mon annulaire, dans la machine à tiroirs. Tu mets un euro, tu tires la tarjette, pof y te sort une boîte, repof y te sort une bague rose (je voudrais être con toute ma vie).
Et tu te fous que cette alliance soit trop petite, c’est une alliance bordel. Pas celle qu’on t’a passée dans l’abbaye médiévale, ce jour fragmenté où là aussi tu crachais tes poumons. Non, un jour de panoplie totale : d’abord c’est le presque soir. Ciel bleu marine, bord de mer étoilé, pas beaucoup de monde (c’est très important), et ce chavirement intérieur puissamment nourri par quelques années d’intime proximité, et une bague rose qui vient actualiser ce jour fragmenté. Peut-être que tu la vois la pente, mais tu regardes ailleurs et tu t’extasies sur une bague rose.
A présent je hurle. Je crache, je tousse, je vomis un peu, juste ce qu’il faut pour faire la place au reste de peur et de douleur.
Vue de dos je tiens bien la route, je suis hyper forte pour les enduits de lissage. Mais je m’avère encore meilleure dès qu’il s’agit de faire du travail propre et net : ouvrir les fissures bien profond, reboucher, lisser, poncer, peindre.
J’ouvre en ce moment, en ayant toutefois la sensation de me faire plutôt ouvrir. Du coup, je fissure.
On me prête des intentions qui me sont étrangères. J’ai rien prémédité. J’entends Freud et Sartre se poiler, et ça fait de l’écho dans les pièces vides.
J’ai déambulé pendant une heure, seule, dans ces 90 mètres carrés qui finiront par capter mon odeur, mais qui sentent encore la peinture.J’ai fait le tour, comme un lion en cage, en faisant claquer mes talons au rythme des secondes. Je me suis assise, j’ai écouté les nouveaux bruits. J’ai hurlé en silence.J’avais entamé la pente au matin. Enfin c’est plutôt elle qui m’a entamée au bord des draps. Il a bien fallu les rejeter, replonger dans l’odeur du scotch et du carton, redécouvrir des objets oubliés, entassés, que l’on jette enfin. La poubelle, grande purificatrice.
Dieu merci, je gueule en restant sur les rails.
J’ai signé un bail, et y avait que mon nom.
PS : Attendrissement et fleurs non souhaités, j’aurai pas la force de répondre sur le même registre.
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