TENIR !

SI TU VIS, CE BLOG EST POUR TOI !

16 décembre 2006

MST

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Voilà ce que Freefounette m’a refilée comme Maladie Scripturalement Transmissible, à laquelle je me plie parce que rien. Je l’avais rédigée il y a quelques jours, avant avant hier ? je ne sais plus. Depuis certaines emmerdes ont plu sur ma tête, et le dedans n’est plus tout à fait pareil.
Il faut plus de courage pour célébrer la vie que pour la descendre en permanence. Pour le moment, je ne sais pas faire autrement. Ou je ne veux pas. C’est pas Jo et Patou qui vont m’aider. Je viens d’entrer dans un truc, et je viens d’y entrer seule. Je peux pas tout vous dire, mais putain ça fait mal, même avec la préparation H. Si je dois un peu briller, laissez moi l’audace de croire que c’est par discrétion.
Ca va comme sortie non ? Oh, et puis merde.

7 choses à faire avant de mourir :

1. Qu’on me demande si je suis d’accord

2. Vider un litre d’acide chlorydrique sur le capot de la caisse du mec qui a embouti ma caisse et qui ne m’a jamais remboursée

3. Pisser sur la tombe paternelle

4. Regretter d’avoir encore tant d’êtres à décevoir

5. Que ma main droite serre ma main gauche au moins une fois

6. Conduire un gros cube (au moins 600).

7. Partir avant ceux que j’aime (special dédicace to Byby) avec mes chaussettes hippopotames et mes boules Quiès.

7 choses que vous faites bien :

1. l’amour

2. la cuisine / picoler

3. être de mauvaise foi

4. oublier tout par n’importe quel moyen (naturel ou pas)

5. déclarer la guerre à la Roumanie

6. sortir l’artillerie lourde pour protéger la Pologne

7. avoir très peur

7 choses que vous ne savez/voulez pas faire :

1. Renaître

2. Avoir un autre enfant

3. Etre une ado (brrrrr)

4. Brancher le dvd sur l’ampli

5. Parler anglais

6. Me demander de prendre des initiatives (attends je vomis)

7. Te lâcher le mollet avec mes dents de Pittbull

7 choses qui vous attirent chez le sexe opposé :

1. Me marier avec ma mère

2. Les emmerdes

3. Les poils

4. La progression dans la douleur

5. Le sexe

6. Les gros pifs

7. Me faire latter (à ce qu’on m’a dit)

7 choses que vous dites souvent :

1. je suis une merde (complexe de supériorité)

2. je suis une merde (complexe d'infériorité)

3. quelle pute (ah non, ça c’est pas moi qui le dit)

4. sors moi ton carnet

5. il faut que

6. Oh putain j’ai oublié

7. merde, chuis dans la merde
(enculé et fils de pute sont des locutions mentalement très usitées inefficaces sur l'ulcère pré-cancérique)

7 béguins pour des personnalités

1. Pierre Desproges (main se refermant spasmodiquement sur le désir inassouvi d'une impossible étreinte, bien que je n'aie pas dit mon dernier mot post mortem)

2. Bernard Menez parce qu'il a le nez de John Turturo

3. John Turturo parce qu'il a le nez de qui vous savez

4. Harvey Keitel pour des raisons indépendantes de ma volonté à éviter les emmerdes

5. Sim parce que j'ai plus d'idée

6. Jacques Pradel parce que le dégoût est parfois excitant

7. Gary Oldman dans Dracula pour des raisons indépendantes de ma volonté à me faire pomper

7 Bloggeurs à qui je refile le jeu (bêêêêêêêê, bêêêêêê, bêêêêêê)

1. Byby

2. Ab6

3. Jujuly

4. Pascal

5. Br’1

6. Fred

7. Yves

Mektoub.


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09 décembre 2006

Ex extraordinaire

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Pour le rasoir de ses mots, pour l’opulence de sa verve, pour sa douleur exultée, pour sa sculpture linguistique, pour ce rendu de gorge et de tripes, pour ce vomi fleurant bon, pour ses billets non monayables, je me taisais.
Pour ses démons d’encre et de chair, pour l’évocation de leurs crocs acérés, de leurs béances avides jamais rassasiées, pour le souffle court de sa virgule, mes démons la bouclaient. Presque tous, on va pas chipoter.
Pour sa rage écumée, je baillonnais la mienne.

Je l’imaginais éclair comme son écriture, incisive comme une dent de loup, rapide comme une métaphore imprévue, anarchiste stylistique, virtuose domptant Molière et l’académie française toute entière, du fouet de sa langue dans sa tenue de latex. Noire comme son âme.

Je l’adorais pour sa fulgurance, son trait sans concession, son vide mis en mots, sa haine mise en abyme, pour ses grands coups de triques dialectiques, pour ses demi-mots en mots écorchés et sa ponctuation de marathonien, qui vous faisaient conjointement comprendre Dieu et le jazz. C’était une mathématicienne du verbe. Elle créait des équations impossibles, vous embringuait sur des vecteurs sémantiques, pour vous plonger dans une conclusion, dont vous ressortiez plus que vivant, et pour ainsi dire en vie. Sa parole semblait aussi broyée que son corps, aussi généreuse, impitoyable et sensible, impitoyablement sensible, comme seules les âmes complexes savent l’être.
Je la fantasmais comme un fantôme holographique, dans la 3D d’une chanson de Ferré, sourde par nature à l’égo trismégiste.

On ne devrait jamais rencontrer les idoles, elles n'acceptent, pas plus que nous, d'être jugées par quelqu'un qui a moins souffert. Et comme tout le monde se croit un Job méconnu...

Ce fut comme si je lui avais servi un Chateau Vieux Rivallon Saint-Emilion 64 et qu’elle ait mis de l’eau dedans.

J’ai dû rêver trop fort.


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07 décembre 2006

On ne dit pas le règne à Nimal, mais de Nimal

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Jo a une gueule de serbo-croate posé sur une carrure d’armoire normande. Dans son cabinet, il y a une petite porte attenante à son bureau qui donne sur un réduit. Dans le réduit, pend un sac de frappe. Quand il a mauvais réveil, quand il croise des cons (cf. Billet précédent), quand il se fait enfler sans vaseline, c’est-à-dire quand il fait consciencieusement son boulot d’avocat en n’étant pas du bon côté de la force, car la loi est aussi faite pour les porcs, il cogne. Sans gants. Il n’en a pas besoin, il est né avec les fulguropoings de Goldorak. Et comme il suffit d’ouvrir une paupière pour que les raisons de s’entraîner vous pleuvent sur la gueule, du coup il a des bras comme mes cuisses, mais tout en muscles, alors que moi, bref.
Et pourtant quand je lui sers religieusement ce Juvenal 2002 (remember), il le hume avec des graces de danseuse étoile.

Patou ne frappe pas. Patou se tait. Il ne parle que sous la contrainte : celle du travail, des obligations administratives, des nécessités alimentaires, au cours desquelles il accomplit le double exploit de dire “par chèque” et “merci” à la caissière qui lui rend sa pièce d’identité. A ce stade-là, il a atteint son quota journalier. C’est dans le silence que Patou se protège des mauvais réveils, de ses collègues de microscope pour ne pas dire microscopiques, pour ne pas dire amibiens. Il a abandonné la voiture à la seule fin d’éviter la prison pour meurtre. Patou est du contournement, il arrondit les angles. Jo les biseaute. Et moi je t’attrape la tête et je te… pardon… attends, je mets un disque de Ravi Shankar.

Pourtant dès qu’on est ensemble, Patou est bien plus que prolixe, c’est une vraie pipelette.

Qu’est-ce qui nous unit au-delà de ce vague projet éthylique d’attentats contre les maternités ? Une haine féroce envers les protozoaires d’eau douce dont le QI dépasse rarement celle de leur température annale (merci Pierre), et leur disposition de coeur, rarement celle de leur périphérie nombrilienne (merci Moi).

La vie n’étant pas spécialement belle, il faut qu’il s’y trouve des rampants, des fléchis, des courbés, des pentus, des visqueux pour nous chier sur la tête, pendant que l’on se tue à oublier les vautours.

Mais franchement, entre nous, on ne peut pas être foncièrement mauvais quand on aime comme on aime, quand on pleure de bonheur sur le carmin d’un raisin, quand une daube nous cloue le bec, ou qu’un coucher de soleil nous emplit de mort païenne?

La sérénité vient avec l’exigence, l’exigence amène la lucidité, la lucidité rend les choses plus crues. Ne venez pas me parler de tolérance par pitié, ou je vous soupçonnerai d’avoir aimé “les choristes”, et si c’est le cas nous n’avons jamais rien eu à nous dire (Seigneur, pardonnez leur, ils ne savent pas ce qu’ils font). Je crains que la finesse du raccourci ne vous parvienne pas toujours : c’est de la fausse misanthropie. Nous aimons trop les individus pour les tolérer médiocres.


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01 décembre 2006

Tu ne feras point chier ton prochain

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La proximité des demeurés congénitaux me donnent envie d’enfiler des tenues camouflage.

Le trisomique qui passe au rouge en se collant au cul de la voiture qui le précède comme une mouche à merde, pour encombrer MA perpendiculaire qui passe au vert, mérite la crucifixion. Il expierait ensuite son néant encéphalique à grands coups de crick dans les dents jusqu’à retrouver des gencives de bébé. Mais comme je suis pas chienne, j’invoquerais l’Esprit du Bon Sens, en esquissant un Moonwalk Michaeljacksonien autour de ce totem de fortune, pour que son âme ait une chance de retrouver le chemin du Crédit Agricole. En vrai je m’appelle Huguette, mais dans les coins sombres, je m’appelle Longues Cuisses qui marchent sur la lune.

Le garagiste qui me parle comme à une sous merde parce que je ne connais pas le nom de la pièce qu’il me faut, et dont je me fous comme de mon premier Tampax d’ailleurs, mérite d’être ligoté sous son pont élévateur. Ensuite, comme j’ai du coeur, je lui chante “o catarina bella tchi tchi”, et le pont descend en cadence à chaque tchi tchi. Normal, j’ai le rythme dans le sang.

Les greluches de la mairie des 1er et 7ème arrondissements, qui s’y prennent à trois pour remplir un formulaire informatique, et dont les regards nous rappellent qu’il faut conjointement agir en faveur de la lutte contre le cancer du cerveau et de la maladie d’Alzheimer, méritent qu’on leur enfonce des Bic dans les yeux. Y en a bien qui peignent avec les pieds. Comme j’ai un coeur d’artichaut, je leur donnerai les coordonnées de l’asso Chrysalide.

Avant je croyais qu’il fallait déployer des trésors d’énergie et d’ingéniosité, pour être un demeuré / enculé à temps plein. Je pensais que le machiavélisme nécessitait des calculs et des plans pas possibles. Peut être même des images en 3D. Ben, pas du tout. C’est na-tu-rel. Le degré de connerie qui demanderait à vous ou moi, quoique vous je ne sais pas, des semaines de stratégie sans aucune garantie de résultat, et bien d’autres te le font, pof ! comme ça sans réfléchir.

Ces gens ne méritent pas de vivre. Vous me répondrez à coup de paraboles, et de commandements divins, en me jetant du sable du Sinaï dans les yeux, vous vous érigerez dégoulinants de compassion vulgaire, en crachant la sagesse des dictons (qui tue un homme, sauve un condom), bref vous jouerez aux humains très humains.
Et moi je vous répondrais qu’il y a des gens qui ne méritent pas la verticale. Point.


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26 novembre 2006

Malade comme un chien

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Le lit c’est dur, non parce que c’est un futon posé sur un tatami, mais parce que j’y suis bloquée pour cause de miasmes évoluant favorablement hors couvertures. Jo et Patou sont venus me voir, comme on visite mamie à la maison de retraite, la condescendance en moins. Je n’ai pas appelé le Docteur, à cause de la majuscule que j’ai mise naturellement au mot docteur, et que du coup je rectifie. Je fais appel à son mépris esculapien nourri au serment d’hypocrite, lorsque ma tension passe en dessous de 8, lorsqu’on m’a pas demandé mon avis, quand les miasmes me tiennent la dragée haute, ou quand ce n’est pas pour moi. J’aime les médicaments, pas ceux qui les prescrivent. C’est la rébellion de l’hypocondrie. J’ai pas pu boire le rouge que les deux égarés du samedi soir m’ont apporté. J’ai en revanche descendu les deux bouteilles d’eau minérale sous leurs yeux effarés. Je dis sous parce que j’étais allongée. Ils me regardaient comme si je vivais mes derniers instants, genre elle n’est déjà plus parmi nous, déjà partie. Ça m’a passablement énervée, et je leur ai rappelé que si c’était pour me regarder comme une dingue qu’on veut ménager en attendant la camisole, ils n’avaient qu’à rejoindre leurs congénères imbibés saturday night feveresques, et me laisser m’hydrater en paix ! Ils ont souri en constatant que l’eau n’avait pas altéré mon bon sens, si l’on considère que la colère mène dans la bonne direction, au fond à droite près du radiateur. Ils m’ont assurée de leur indéfectible soutien, en s’allongeant à côté de moi sur le lit, pour boire leur raisin millésimé, en prenant le risque de se faire contaminer par un virus niqueur de sinus. Ça c’est de l’amitié. La même que celle qui vous pousse à partager la vision d’un ciel étoilé sans prononcer un mot, qui vous fait ne plus vous parler pendant trois jours, car y a eu triche au scrabble (c’est Jo, je l’ai vu), et pinailler pendant trois heures sur des histoires d’ivrognes, et pour ainsi dire de mauvais foie. On a failli allumer la télé, cela représentant toujours un évènement dans notre propension naturelle à oublier qu’elle existe. Fort heureusement, les premières de couv' nous sauvent de l'indigence culturelle cathodique, en ne manquant pas de nous montrer les faciès bovins dégoulinants de naïveté à force d’inintelligence profonde, de celles et ceux qui font à la fois la richesse de leurs dentistes, et la télé à notre insu, alors que ce n’est un secret pour personne. Du coup, on a lu chacun dans notre coin, écorchant au passage notre devise misanthropique qui dit, qui dit quoi déjà ? j’ai oublié.

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23 novembre 2006

Viennoiseries bridées

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Jo m’a offert un livre de poèmes zen. C’est sympa. Il connaît la fascination qu’exerce sur moi le continent asiatique. Ok, c’est grand le continent asiatique, mais grosso modo à partir du moment où y a des yeux bridés, j’ai la machine à Bouddha qui se met en marche. Cela dit, je ne me sens guère d’affinités avec les nord coréens, malgré une aptitude commune à la marche forcée. La machine à Bouddha, c’est la machine à rêves. Un rêve où la vie serait Paix. La paix de soi, parce que tu t’autofoutrais tranquille. A cause des plateaux en restanque, des rizières en altitude, des sourires aux pieds nus, d’une dureté plus proche du corps donc moins questionnante, et puis des fumeries d’opium. Le Laos. Mais je m’égare. Le livre s’intitule “qu’est-ce ?” et l’auteur est Ko Un. Je vais vous rapporter quelques extraits parce que j’ai pas tout compris. Donc je vous mets le titre du poème, puis le poème (koan). Z’allez voir, z’allez pas être déçus.
1. L’étoile filante : C’est bien Tu me reconnais
2. Une nuit d’automne : Père, Père, Le chant d’un grillon
3. Un jour de soleil : Un étron sec, Même pas une mouche, Ici le Nirvâna ? Non
Au bout de quelques années de psychanalyse, les psychanalysés ont tendance à interpréter les lapsus, les intentions, les gestes manqués de leur entourage. Genre, tu m’offres un saucisson : tu veux passer la nuit avec moi ; des roses roses : tu veux passer la nuit avec mon pot au feu ; un Munster : tu veux passer la nuit tout seul. C’est pour ça qu’on va chez le psy, c’est pour qu’il entende avec sa troisième oreille le train qui ne siffle pas trois fois : maman, c’est ma ment, papa, c’est pa pas, bon, bref, on va pas y passer la nuit.
Quand je lis :
4. La montagne est la montagne : La montagne est la montagne, L’eau est l’eau chantait Taïneng, La montagne n’est pas la montagne, L’eau n’est pas l’eau chantait Taïneng, Mange, Si tu as fini de manger va chier.
Que dois-je penser de l’intention de Jo ? Veut-il me signifier qu’il m’emmerde quand je lui demande de clarifier sa pensée ? Je m’en suis discrètement ouverte à Patou, qui m’avait offert une bonne bouteille : je reste intarissable sur les bienfaits du prosaïsme. Patou a pris le bouquin, l’a feuilleté, aussi perplexe et hébété qu’un vieillard de banquet avec une béarnaise au-dessus de ses forces. Puis, souriant à pleines dents, il lit :
5. Un sourire : Debout devant le sourire, D’une tête de cochon bouillie, Je t’en prie sois aussi généreux.
6. Un ivrogne : Je n’ai jamais été un individu, Soixante billions de cellules ! Je vis en communauté, Titubant zigzaguant, Soixante billions de cellules ivres.
7. De l’autre côté : Comment vivre, Sans toi.
Moralité : Sigmund nous les brise vraiment menues.


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20 novembre 2006

It's about time

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Bon d’accord on souffre. Mais c’est pas une raison pour passer à côté de la terre. C’est pas pour frimer, mais Jo, Patou et moi, question souffrance, on a la queue du Mickey. D’où la nécessité des vortex : c’est pour récupérer entre deux. C’est une aire de repos : un trait, danger, deux traits, sécurité. J’ai rien inventé. Les vrais désespérés sont des gens généreux et sensuels, qui noient dans le bien boire, bien manger, bien baiser, l’insupportable et tranquille certitude qu’ils ont de l’innoportunité de l’existence en général, et de la leur en particulier. Je vous raconte ça, parce qu’on sort du salon des vignerons et producteurs fermiers. Oui, on est lundi et alors ? Notre allergie pathologique au groupe et à l’entassement nous épargne les piétinements en cadence et les marches militaires du week end. Donc, nous avons fait le dernier jour du salon aujourd’hui, jour creux. Attention, je ne le dirai pas deux fois : que du bonheur. Chers amis, tenez vous bien : blocs de foies gras entiers du pays basque, confit de canard, agneau à la provençale, cassoulet au confit de canard, lentilles au même confit, une caisse de Côtes de Beaune blanc 2001 (jamais rien goûté de pareil, une tuerie !), quelques bouteilles de Savigny les Beaune 2001 rouge, histoire de rester dans les Bourgognes, et alors une trouvaille : un Font Juvénal Cabardès 2002, auquel vous m’ajouterez un magnum de Nuit Saint Georges 2003. Il a certes, une légère amertume de jeunesse mais qui se fond comme par magie dans la maturité d’un corps épicé. D’ailleurs sa couleur est légèrement madérisée. En vérité je vous le dis, l’heure est grave et belle. Car c’est celle où nous étalons tous nos fromages, charcutailles, bocaux, et bouteilles sur la table pour contempler religieusement cette ode à la vie et à la mort.
Il y a peu de choses à grapiller ici-bàs pour supporter la douleur de ce que nous avons perdu en naissant. Et la douceur des repas partagés, des connivences à demi-mots, des amitiés farouches et profondes, de la paix du soir, apaisent et nouent l’estomac dans un élan d’indicible beauté douce amère : un arrière goût de finitude. C’est une note très basse qui monte des profondeurs, comme celle des chalémies tibétaines, c’est un son qui a du sens, mais qui n’a pas de mots. C’est ce brebis sur ce pain de maïs, ce jambon sur une baguette à la fleur d’oranger, ce foie gras sur un carré de pain d’épice. Ce sont les regards de Jo et Patou, grisés par un raisin de sang mêlé, pendant que Miles nous conduit à l’échafaud par l’ascenseur. C’est un moment d’éternité.


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17 novembre 2006

Ultimate Pain (c'est comme un cri dans la nuit)

Bon, je voulais vous mettre le petit lecteur qui va bien avec le morceau "je chante" de Charles Trenet, mais visiblement radioblog n'est pas comme Dieu, il ne reconnaît pas les siens. C'est pas comme vous, n'est-ce-pas ? Sinon téléchargez le morceau et chantez les paroles dessus, ça marche aussi. 'tention...deux, trois

images

Je souffre !
Je souffre soir et matin
Je souffre, c’est mon destin
Je souffre, je me perds en conjectures
Je souffre pour hier et j’ai peur du futur
J’me saoule
Seu-le ou bien avec toi
La vie-euh
Ne me botte pas
Je-suis-dépressive-et-tu-t’en fous
J’vais finir avec un gnou
tete_de_mort_19
Les hommes
Les hommes, cancer de la terre
Les hommes
Me désespèrent
Les matins sont des abysses éternels
C’est à la mort que tu goûtes à chaqu’fois qu’tu t’réveilles
Résonne
L’angoisse de midi et quart
Quelle conne
Elle est en r’tard
Elle me fait faire un tour de grand huit
Putain j’ai les yeux qui piquent !
gif_anime_webmaster_tete_de_mort_tete_de_mort_23Je souffre
Seigneur mais qu’aie je donc fait ?
Qui broute
Ma volonté ?
J’te jure, je T’avais rien demandé
S’il Te plait, je T’en prie, fais moi vite remonter
Eh ! Madâââme-euh
J’ai besoin d’un p’tit calin
Madâââme
J’vous donne un rein
J’veux juste me poser sur votre sein
Elle m’demande si j’ai TF1
images_1
Galèèèè-reuh
J’ai croisé d’autres visqueux
Galèèèè-reuh !
Z’ont les mêmes yeux
Mais dites moi qu’est ce qu’il faut que je fasse ?
Y a qu’une seule solution, être une vraie connasse
Dégun-euh
Pour m’aider un petit peu
Dégun-euh
Que des bouseux !
J’assume avec des tas d’ordonnances
La chance d’être quelqu’un qui pense
tete_de_mort_26
Et depuis j’me ronge
J’me ronge les ongles, les sangs
J’me ronge
Tout le dedans
Je dors-euh avec Stilnox et Lexo
Et avec les mots je m’défonce l’ego
Je rêve
Avant de partir enfin
D’une fièvre
Ou d’un chagrin
D’un moment d’éternité ici bàs
Qu’on m’aime pour c’que je ne suis pas (ou pas)


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16 novembre 2006

In cauda venenum

TOMBER

Chères consoeurs, chers confrères, souffreteux du monde et des environs,
laissez moi vous conter le destin d’Huguette Hachesse, dont la vie fut toute entière tournée vers la souffrance autoconsentie. Savourant à plein néant son état de pure possibilité, Huguette Hachesse était, au commencement, un gaz heureux dans l’éther. Pas besoin de se blottir, pas envie de camembert, pas de dos qui gratte, pas de chaussures neuves qui font mal. Rien. Rien ne la prédisposait à l’accablement de la naissance, et voilà qu’on l’extirpait d’une extase permanente pour la laisser choir dans un nom. Elle goûta alors à l’indescriptible souffrance et toute sa vie fut tournée vers la recherche de cette douleur exquise. Il y eut bien une joie à l’âge de 2 ans, quand le fer à repasser brûlant lui crama l’intérieur du bras gauche, mais elle comprit très vite qu’elle ne devrait compter que sur elle même pour prendre en main son douloureux destin. Elle apprit à lire et à écrire, malgré les techniques de pointe en vigueur à l’Education Nationale, et connut quelques extases en tant que sujet de bizutage. Habitée d'une haine incommensurable, la bonté qu’elle manifestait à l’égard d’autrui pouvait lui donner jusqu’à neuf ou dix frustrations quotidiennes, et la laissait repue de souffrance. Rêvant d’une vie princière, elle devint secrétaire à la petite semaine, et récolta les fruits de l’investissement d’une souffrance à long terme. Aimant le calme et la solitude par dessous tout, elle prit soin de s'entourer d’individus aussi énervés qu’une armée de chihuahuas cocaïnomanes. Les pulsions meurtrières qu’elles réfrénaient alors, l’obligaient à reprendre son souffle en retenant le sien. A 34 ans, elle rencontra Gérard Bitroix. Gérard la mit au sport, alors qu’elle aimait s’atrophier, l’appelait Mounette, la possédait sur la musique de Jean-Michel Jarre, et l’obligeait à lire Psychologies Magazines afin qu'elle mesurât l’étendue de son malheur. C’était le bonheur. Jusqu’à ce terrible jour, où après avoir fait la queue quatre heures durant, pour assister au concert de Julie Piétri, au milieu d’un parterre de décérébrés congénitaux qu’elle gratifiait de sourires béats, alors que des visions d’apocalypse lui brouillaient la vue (respirez), elle reçut un projecteur sur le crâne qui chuta dans une verticale parfaite. De ce jour, elle ne sentit plus rien. Elle avait beau s’essuyer les fesses au papier de verre n°5, tremper ses mains dans la friteuse, aller chez des psys dans l’espoir de contracter des maladies viennoises, écouter Francis Lalanne, rien n’y fit. Sa vie n’avait plus de sens. Elle décida de porter plainte. Contre l’homme. In cauda venenum : le venin est dans la queue.


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14 novembre 2006

Heureux les simples d'esprit

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Z ‘avez pas eu les derniers jours de New York, qu’à peine rentrés dans le plus grand secret, nous repartions aussi sec vers d’autres horizons, moins lointains certes, mais quand même. Y a peu à raconter de tout cela. Tout le monde est rentré les narines enchantées de New York, avant de fuir un quotidien qui nous attendait de pied ferme et le cœur battant pour nous latter la gueule. D’abord avec la pile de courrier, ensuite avec les sonneries téléphoniques. Le soir même du retour, le trio convenait d’une stratégie de repli vers la montagne. Pourtant Dieu me culbute (attends Tourne Toi), je n’aime pas la montagne. Mais il fallait reprendre des forces, établir de nouveaux plans, fabriquer des canons courts, peaufiner une mitraillette linguistique, apprendre à zigzaguer entre des gouttes de pluie acides et invisibles, bref surprendre un ennemi qui veut nous figer à vie, nous chignoler le cerveau jusqu’à nous ôter l’idée même de choix. Il fallait réagir. Vite. Après nous avoir dilaté les pupilles, Patou, Saint Homme, et ses molécules-osties, nous avaient ouvert l’esprit. C’est alors que Jo décidait de quitter le droit maritime pour embrasser le droit social, afin, je cite « de devenir l’orfèvre de la haine que je voue à la condition humaine » : un sacrifice humain, un martyr naissait sous nos yeux. Patou quant à lui, décidait dans un accès de rage trop longtemps contenue, de quitter la nanochimie pour la radiolyse, c’est à dire de passer de l’étage 3 à l’étage 2. Jo et moi, à genoux, les mains jointes, transcendés par cette humilité divine, ne pouvions endiguer le torrent de larmes de joie qui reléguait la rupture du barrage de Malpasset à un pipi de chat. Il y avait donc une justice sur terre ! J’allai entonner un vertigineux Hare Krishna, hare, hare sur fond de Led Zep, quand Patou m’a demandé en s’allumant une clope : bé, et toi ? Je m’immobilisai, silencieuse, pétrifiée. Horrifiée. Le désir aurait donc déserté mon moi profond, 70 % d’eau, 30 % de viandes diverses et variées ? Le Dazed and Confused qui chantait à mes oreilles prenait tout son sens. Les choses n’arrivent pas par hasard, que je me disais. C’est ici, dans un petit hameau, entre deux montagnes pelées et trois pis de vaches, que je dois m’envoyer mon avis de décès, que je me disais encore, histoire de hâcher menu. C’est alors que Ses paroles m’innondèrent : “en vérité je vous le dis, j’aime pas les lèche-culs, les derniers seront les premiers”. Je me tournai solennellement vers mes frères, relevant fièrement ce cou de reine, ce port altier qui fit ma gloire dans le train fantôme de la fête foraine de 1976 pour des raisons indépendantes de ma volonté à rester assise, et d’un regard qui dévorait déjà l’infini, j'annonçai : un jour, j’aurai ma carte de visite.
Dans la lignée d'Ab6, Yael , Matthieu, Byby, Georges Walter , je vous parlerai très prochainement de ma souffrance hors champ, hors limite, hors piste, hors norme, hors concours, hors jeu, hors-la-loi mais jamais hors-service.

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